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Je decouvre tradivement que le tres bel article qu'Emma Tassy a ecrit sur mon aventure, pour la revue Ulysse, a été publié en septembre 2008 dans le monde "lifestyle"....

http://www.lemonde.fr/voyage/article/2008/09/01/gerard-vives_1339274_3546.html 

Est-ce à la présence de ces deux vases chinois, "probablement sans grande valeur mais qui comptaient énormément dans la famille", que le jeune Gérard doit sa passion des voyages et des aventures exotiques ? Il y a fort à parier en effet que les mythes familiaux - notamment celui du grand-père maternel venu des Pouilles à Marseille où il tint un bar - aient poussé notre homme à larguer les amarres. Ce n'est pourtant que bien plus tard, à la fin des années 90, que la passion de Gérard Vives pour les épices, et tout particulièrement le poivre, va s'épanouir. Travaillant à l'époque dans la restauration saisonnière, il décide departir, avec un peu de temps et d'argent en poche, passer quelques mois à l'étranger en quête des plus belles plantations. 

Destination l'Indonésie, pour y trouver le fameux poivre de Lampung. "J'ai fait comme le saumon, je suis remonté à la source, explique-t-il, et c'est en allant directement aux sièges des sociétés qui distribuent le produit que j'ai fini parvisiter des plantations." Cependant, les portes ne s'ouvrent pas si facilement et c'est à force de voyages, de rencontres et de balades, principalement en Inde et en Indonésie, que le nouveau "chasseur d'épices" finit par s'aguerrir et faire la différence entre les bons et les mauvais grains. Cinq cents ans pile après que Vasco de Gama a atteint les côtes de Malabar sur les rives Est de l'Inde, le Marseillais débarque lui aussi, avec des mobiles similaires mais des moyens bien différents. C'est en effet sur un coup de tête qu'il a sauté dans un avion après avoirvu sur Internet l'annonce d'un Festival du poivre à Kalikut, l'un des grands ports du district de Malabar, le berceau du Piper Nigrum. De ce "Pepper Festival" tant rêvé, il n'en connaîtra que son organisateur, Mayan, devenu un ami, et avec qui il partexplorer les plantations de poivriers fertilisés avec des crevettes. En chemin, il croise aussi le représentant de Monsanto...

Bref, entre autres anecdotes épicées et fort d'un voyage initiatique à rebondissements, le Comptoir des Poivres démarre, avec sept poivres dont il envoie des échantillons aux grands chefs. Olivier Roellinger sera d'une grande fidélité dès la première heure. Un an plus tard, ses produits commencent à sevendre au public, si bien qu'aujourd'hui la restauration ne représente qu'une infime partie de son chiffre d'affaires. Avec 40% à l'export et 60% pour le marché français (épiceries fines, cavistes, torréfacteurs...), la société pionnière parvient à se faireune place au sein d'une filière dominée par de puissantes sociétés.

Le paysage commercial des épices s'avère en effet assez agité. Ces influentes sociétés dictent les lois du marché en agissant dans le contexte d'une législation qui n'exige aucune traçabilité. Au­jourd'hui, les vraies routes des épices sont fiscales et les deux principales plaques tournantes se situent à Singapour et Dubai, la première drainant les stocks d'Asie du Sud-Est et la seconde, ceux de l'Inde. Le poivre fait donc l'objet de spéculations, il est coté en Bourse. Ainsi, un grain de poivre que l'on achète peut avoir été récolté trois ou quatre ans auparavant, la filière étant une grande adepte du stockage !

Finalement, le monopole des épices a-t-il véritablement changé depuis les routes légendaires sillonnées par les grands marins, Vasco de Gama, Magellan ou Christophe Colomb ? Certes, les acteurs ont changé. Les Hollandais sont malgré tout toujours très présents via de grands importateurs, talonnés par les Américains, avec la société Mc Cormick dont les volumes tranchent pour le moins avec ceux de Gérard Vives. "Les épices, ça ne se garde pas !" tonne-t-il. Depuis son tout premier "stock" de cinq kilos de poivre noir de Lampung, la méthode est restée la même : acheter de très petites quantités garantissant fraîcheur, rapidité et traçabilité. Son rêve : ouvrir la voie d'une filière équitable où les producteurs ne se retrouveraient pas floués par de trop nombreux intermédiaires. "Pour le moment, je ne peux que garantir l'intégrité du produit et il est encore impossible de se lancer dans le commerce équitable." 

Contrairement à la majorité des épices présentes sur le marché, celles du Comptoir des Poivres ne subissent aucun traitement chimique ni de ionisation, l'irradiation habituelle grâce à laquelle les épices peuvent être conservées plus longtemps. Autant que possible, Gérard Vives essaie de se caler sur le circuit traditionnel, celui d'une "culture de case" où la récolte s'étale sur plusieurs semaines à plusieurs mois et où les gens passent tous les jours acheter de plus ou moins grandes quantités de poivre. Tel est, par exemple, le système de collectage chez les grossistes de Cochin dans le Kerala, en Inde.

Voyage après voyage, Gérard Vives a fait sienne la fameuse phrase de Brillat-savarin : "La découverte d'une épice ou d'un aromate nouveau fera plus pour le bonheur du genre humain que la découverte d'une étoile!" Il importe ainsi du safran d'Iran, de Grèce, du Cachemire et du Maroc, des baies du Sichuan, de la Maniguette du Cameroun, de la badiane de Chine... Il assemble également des mélanges tels que des zahtar de Syrie, des colombos de la Réunion, des ras el hannout marocains... Infatigable, cet amoureux des épices et des voyages, vient de faire une dernière trouvaille : le poivre de ­Tasmanie, appelé Tasmania Lanceolata et utilisé par les aborigènes d'Australie. Décliné à travers trois nouveaux produits, il prodigue des baies "soufflées" dans du froid négatif, d'autres baies torréfiées et réduites en poudre aux arômes de café, sésame et praliné, et enfin des feuilles de poivrier réduites en poudre, aux parfums d'agrume, de citronnelle et de verveine. Des premières collections de timbres aux noms magiques et aux effigies de panthères venues du Siam ou de Bornéo qui le faisaient tant rêver enfant, Gérard Vives a gardé le même penchant pour l'ailleurs et ses promesses de métissages.

Une autre phrase, de l'écrivain portugais Miguel Torga, lui revient souvent :"L'universel, c'est le local moins les murs." Une façon bien à lui de fustiger les frontières trop hermétiques alors que "la tomate est andine, le pois chiche indien et méditerranéen, les agrumes chinois, le basilic vient d'Inde..." La liste pourrait être longue encore si l'on n'arrêtait cet orateur passionné, qui dit non à la cuisine dite intégriste et non encore à la standardisation des produits et à "ce goût unique, fruit gâté de la pensée unique". Un coup de gueule bien de chez lui, Marseille, qui vit débarquer il y a plus de 2 000 ans les Phéniciens chargés d'épices et de produits exotiques.

Emma Tassy

A lire

Les livres de Jean Giono, "qui utilisait son imagination pour écrire sans sortir de son bureau, une autre façon de voyager".

 Les films de Jean Rouch, "pour son regard amoureux sur l'Afrique noire. En voyage, j'emporte toujours avec moi des livres qui traitent de cuisine et non de voyage".

Conseils aux voyageurs

Sortez de la rue principale où il n'y a que des marchands de souvenirs. Un pays, ça se mange. Il faut s'asseoir avec les gens, goûter aux cuisines de la rue car c'est là que réside l'authenticité. 

Ayez conscience de la valeur de l'argent et du salaire moyen dans le pays, sachez combien coûte la nourriture et le logement afin d'éviter d'être trop radin en suivant les conseils mal avisés de certains guides qui poussent à systématiquement marchander... Parfois, discuter un prix est obscène mais l'excès de générosité peut l'être aussi ! Enfin, n'oubliez pas une chose universelle : le sourire !

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